Sécurité des vols : à Air France, la Direction perd sa cohésion et son sang-froid.

Des capteurs de pression parmi - peut-être - d'autres causes mais aussi et certainement l’incurie dans le traitement du retour d’expérience et l’inadaptation des normes de certification ont tué.

Ils ont tué les passagers, nos collègues pilotes et les membres du personnel de cabine. Cinq mois après la perte de l’AF447, l’émotion reste entière.

Dans ce contexte, stigmatiser aujourd’hui telle ou telle erreur humaine relevée dans l’exploitation courante, c’est une provocation et une indignité.

Non, les PNT ne sont pas les professionnels inconscients qu’au nom de la direction certains ont choisi de pointer du doigt.

Ceux-là l'ont fait au risque de discréditer la Compagnie toute entière dans une conjoncture difficile et d'exposer les équipages techniques, acteurs de 1ère ligne, à des manifestations d'inquiétude infondées de nos passagers et de nos collègues PNC.

Ils l'ont fait au risque supplémentaire et ignominieux de déclencher des amalgames et des supputations portant sur nos collègues disparus.

Sur les dizaines de vols quotidiens d'AF, on relèvera toujours des erreurs humaines. C'est le devoir chacun, pilote, syndicaliste ou dirigeant, d'œuvrer pour en limiter l'occurrence, la gravité et les conséquences.
Mais la direction se trompe de combat ! C'est sur les structures, les méthodes et les moyens mis au service de la sécurité des vols qu'on doit progresser à Air France, pas dans la répression imbécile et revancharde.

Des responsabilités dans comme en dehors de la Compagnie ont été mises en lumière. La rébellion de certains cadres Air France s’est trouvée révélée au public. Dans la hiérarchie actuelle, on se repasse la patate chaude et on se protège.

C'est irresponsable et c’est intolérable. Quels enseignements ont-ils donc été tirés du manque de résultats de la mission Colin / Lichtenberger / Arickx ?

Aujourd’hui, la direction de l’entreprise perd sa cohésion, son sang-froid et son crédit. En son sein, certains doivent assumer leurs responsabilités et cesser d’allumer des contre-feux, de se livrer à des analyses oiseuses et à de basses attaques.

Dans  une compagnie aérienne, l'amélioration de la sécurité des vols ne peut se faire sans ou contre les pilotes.

Avions-nous tort de mettre en cause la norme de certification obsolète des sondes ...que l'EASA vient justement de modifier ?

Avons-nous tort de rechercher une réforme en profondeur de la sécurité des vols à Air France (changement des hommes, modification des structures et des méthodes, intégration paritaire des représentants PNT) ?

Nous restons persuadés du contraire !

Nous appelons solennellement ceux des dirigeants de cette Compagnie qui le peuvent encore  à se ressaisir et nous persistons à exiger la mise en place, avec les représentants PNT, de la réforme que nous réclamons depuis des semaines, en vain.

Les voies de cette réforme comportent des priorités et des axes forts, présentés sommairement plus bas.

Pour ce qui concerne le repérage des failles et la lutte contre l’erreur humaine, nos propositions relèvent d’une toute autre approche et d'autres valeurs que celles du règlement de comptes ou de la délation, préconisée par le directeur de la sécurité à l'occasion d'une réunion interne valant fin de non recevoir aux demandes communes de tous les syndicats (à l'exception d'AF-ALPA).

Cette réunion date déjà du 2 octobre mais AF-ALPA s'est en effet désolidarisé depuis le début de l'intersyndicale PNT qui s'est constituée autour de la sécurité des vols, après avoir approuvé les annonces de la direction - à quelques réserves près - malgré nos invitations à un meilleur discernement ainsi qu'au rassemblement.

AF-ALPA semble aujourd'hui s'étonner des dérapages pourtant prévisibles de cette dernière (le directeur de la sécurité est issu de ses rangs...) et, enfin, se rapprocher des positions de l'intersyndicale.

Nous ne pouvons que nous en féliciter car tout indique que la direction, qui a programmé une réunion le 4 novembre, entend avancer dans la voie qu'elle a choisie en continuant à s'éloigner des propositions précises qui lui ont été faites le 2 octobre par l'intersyndicale PNT.

 1.         Création d’un comité paritaire de REFORME chargé de formuler des  propositions permettant d'améliorer la sécurité des vols

Ce comité devra recueillir l’avis de tous les acteurs concernés en interne (PNT, PNC, Maintenance, Escales, etc.) ainsi que les avis extérieurs jugés nécessaires (audit externe agréé par toutes les parties prenantes, missions d’évaluation auprès d’autres compagnies, etc).

Ce comité ouvert à toutes les OP permettra de remettre à plat certains dogmes de la direction et d’étudier intégralement les pistes susceptibles de faire progresser la Compagnie.

2.         Création d’une commission permanente et paritaire de VEILLE de la sécurité des vols

Afin de rendre l'erreur visible, une commission de veille permanente devra participer à la prise en compte des retours d’expérience vécus sur le terrain, notamment des ASR, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui à Air France !

 

 

Posté par Le Bureau du SPAF le 26/10/2009